24/09/2014

Une traversée de la rade pour s'assurer de ne pas devoir développer la rive gauche ... ?!

Pourquoi investir autant d'énergie politique et de moyens économiques pour défendre un projet irréalisable de traversée de la rade ?!

Je ne reviendrais pas sur le principe même de l'impossibilité de réaliser (cf. mes deux post précédents), mais sur les moyens comme jamais mobilisés dans cette campagne cantonale ...

Je me suis posé la question, il y a quelques temps déjà, si les moyens investis en faveur de la traversée de la rade n'étaient pas issus en priorité de personnes influentes (politiquement, économiquement et/ou financièrement) de la rive gauche.

Des personnes qui ne veulent en aucun cas risquer de voir venir une traversée lacustre dans leur paysage et, encore moins, un développement de l'urbanisation de la rive gauche, ce qui est la condition sine qua non à un éventuel engagement financier de la Confédération ...

Alors oui, on me là confirmé ce jour, l'activité en faveur de la traversée de la rade est très largement soutenue par des personnes issues des milieux politico-économique de la rive gauche.

En rive gauche, on souhaite le calme et toutes les commodités de déplacement, en laissant surtout les nuisances du trafic au centre ville, car si la petite traversée se réalise ou s'enlise ... c'est tout ça de gagné dans la non réalisation d'une grande traversée ...

Une petite traversée sera à la charge entière du canton et à l'usage potentiel unique de quelques urbains campagnards de la rive gauche ... ceux qui pourraient l'utiliser ne sont qu'un infime pourcentage de la population, alors même que ça serait à toute la population de payer pour leurs assurer un confort unique.

N'oublions pas qu'en rive gauche, il n'y a que très peu de logement et encore moins d'activités ...

Quand certains prétendent que la Confédération pourrait participer au financement de cette petite traversée au travers du fond d'agglomération, nous nous retrouvons encore une fois dans un véritable système de manipulation populiste ... j'en veux pour preuve la réalisation de la traverses de Vésenaz où il avait été annoncé au départ une participation de la Confédération ... que neni, la Confédération s'engage à la participation au financement d'un projet uniquement si le coût-utilité est démontré ... dans le cas présent, sans développement de la rive gauche, la Confédération n'amènera pas un seul centimes ...

Au passage et par curiosité, j'ai cherché qui compose le comité du TCS Genève (cela pourrait être fait avec d'autres structures et/ou personnes lobbyistes) et je suis tombé notamment sur Monsieur A., ingénieur, ancien Député PLR, habitant en rive gauche et véritable "cheville ouvrière" de la traversée de Vésenaz ... cette même traversée qui a coûté près du double de ce qui avait été évoqué lors des débats parlementaires ... alors si les pronostiques des défenseurs de la traversée se reposent sur le même type d'expertise, il n'y a pas à dire, nous sommes vraiment mal barrés ...

Au final, il est totalement inconcevable que cette votation devienne un "simple" vote de défiance, un vote de ras-le-bol d'une population qui peine à se mouvoir et qui reproche aux politiques de ne pas mieux agir ... nous parlons ici tout de même au minium d'un milliard de francs suisses sans chiffrage et prise en considération des mesures d'accompagnement évoquées dans l'initiative, ce qui représente tout de même un investissement d'un millions par an pendant 1'000 ans ...

Qu'on se le dise


Boris Calame

Député au Grand Conseil de la République et canton de Genève, anc. Constituant

16/09/2014

Ce populisme qui me tourne la tête et trompe les électrices et électeurs

traversée rade, non, 28 septembre 2014

Pour en revenir à la dernière note sur mon blog – Traversée de la rade : un vote pour rien … - et de nombreux échanges sur les réseaux sociaux ou encore dans la rue que j’ai pu entretenir, je suis effaré par la façon populiste que les porteurs de l’initiative 152 « Pour une traversée de la rade » prétendent « qu’il n’y a qu’à, faut qu’on » ou encore « un tient vaut mieux que deux tu l’auras ».

L’initiative défend une intention relativement précise, formulée par un groupe de travail et exprimée au travers d’un rapport datant de septembre 2004, qui n’est pas connu du public (le document est ici), dans lequel il existe un scénario à étudier avec la contrainte du développement de mesures d’accompagnement considérables et non chiffrées.

A noter que la dernière phrase du rapport, dont font référence les initiants, précise que « L'élaboration d’un projet concret de traversée de la rade basé sur les conclusions du présent rapport, tout comme les différents points et critères mis en avant par le groupe de travail «contournement de Genève», devront par ailleurs faire l’objet d’une concertation aboutissant à un large consensus entre les différents partenaires politiques et associatifs concernés. ».

Quoi qu’il en soit, nous nous retrouvons maintenant avec un projet de tracé d’un tunnel proche de celui présenté en votation populaire du 9 juin 1996 et qui a été refusé à 71%.

Le tracé choisi par les initiants ne correspond pas à la réalité d’aujourd’hui, que ce soit en matière d’aménagement du territoire, de charge de transports ou encore de normes de protection de l’environnement, notamment de protection de l’eau, cette ressource qui nous est indispensable à la vie.

En cas de oui dans les urnes, il faudra trancher politiquement et juridiquement pour savoir si cette initiative est un projet malléable du tracé envisagé pour la traversée de la rade, comme le principe approuvé en 1985 par le peuple et déjà soutenue en son temps notamment par le TCS (initiative partiellement ou non formulée), ou alors elle est cette fois un projet précis et contraignant qui se doit d’être respecté (initiative formulée).

Il semble bien évident que, juridiquement parlant, nous ne sommes pas en présence d'une initiative dite non formulée ou partiellement formulée (ce qui a ici une importance toute particulière), mais bien d'une initiative formulée qui est contraignante pour les autorités, qu’elles soient administratives, délibératives ou encore exécutives ...

 

Le système démocratique s’inscrit dans un cadre légal qui est contraignant. La contrainte est donnée par le droit supérieur, en l’occurrence il s’agît des lois fédérales en matière d’aménagement du territoire et, surtout, de protection des Eaux. Tout projet issu d'un initiative [cantonale] doit alors respecter le texte de cette dernière et le droit supérieur en vigueur. 

C’est aussi le respect de la juste expression de la volonté populaire qui est garanti, il n’est alors pas possible d’en déroger sous prétexte que cela pourrait arranger certains … en cas de oui à l’initiative, les interprétations légales, les procédures en autorisation et les oppositions seront telles que la réalisation ne sera sans aucun doute pas possible … et c’est bien là que l’on revient au populisme qui veut faire croire de façon trompeuse que tout est possible, ce qui n’est bien évidemment pas le cas et nous annonce une probable « Genferei » ou « genevoiserie » de plus qui s’enlisera dans le débat politico-juridique genevois, ceci devant être tranché par une invalidation de l’éventuel projet par les Tribunaux pour non conformité aux droits populaires, le cas échéant aux droits supérieurs.

Qu'on se le dise ...

 

 

Boris Calame

Député au Grand Conseil de la République et canton de Genève, ancien Constituant

25/07/2014

Loi sur les Taxis - Un référendum pour se faire plaisir ?

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Que peut attendre une corporation, qui se dit « mal aimée », en l’occurrence celle des Taxis, de son lancement du référendum sur la nouvelle Loi sur les Taxis, votés par le Parlement ce printemps, qui doit préciser le cadre qui lui est dévolu ?

Alors même qu’ils disent « que la profession souffre d’une mauvaise image auprès du public » et « que les chances de succès en votation sont faibles » (Pierre Jenni, président d’une société coopérative de taxis, TDG du 25.07.2014), le choix de porter ce référendum jusqu’au bout, quelque soit la décision du peuple, ne sera pas sans conséquence.

Du moment où il faut collecter [que] 500 signatures pour ce référendum, d’ici au 24 septembre, il devrait aboutir [un peu] trop facilement pour exprimer l’intention initiale d’une part [suffisamment] représentative du peuple. La loi sera proposée au vote, sans doute en mars 2015, soit près d’une année après le vote du Parlement (27.03.14).

Il faut se rappeler que les taxis « jaunes » sont de service public. Cela leur confère un certain nombre d’avantages, mais aussi des obligations en terme de la qualité du service attendue par les usagers, soit aussi un rapport qualité-prix qui puisse se justifier.

Constatant que l’adaptation de ce service est attendue de trop longue date par la population, il semble plus que probable que cette loi sera confirmée par le peuple et que le résultat sera à l’opposé des attentes de la profession. Ce vote donnera aussi une légitimité, plus forte encore, à la loi et aux autorités pour la faire respecter.

Le métier de chauffeur de Taxi, comme bien d’autres, n’est sans doute pas tous les jours facile, mais personne n’y est contraint. C’est une prestation de service public. Alors du moment où des avantages sont conférés par la loi, il faut aussi en accepter les contraintes liées.

Au delà du débat politique sur la pertinence (ou non) de la dite loi, qui sera tranchée par le peuple, il faut voir que ce type de procédure, bien que légitime, a un impact non négligeable. Que ce soit par le report de l’entrée en vigueur de la loi, mais aussi par les coûts d’une opération électorale qui se chiffre pour l’Etat, à près de sfr. 500'000. Ce montant ne peut être simplement imputé à l’un ou l’autre objet mis aux voix, mais chacun y contribue de façon substantielle.

Alors que les référendaires annoncent qu’ils envisagent [aussi] de s’opposer à toute ou, plus justement, à une partie de la loi, par un recours auprès de la justice, il reste à se demander quel est leur intérêt de lancer un référendum, si ce n’est peut-être de réviser leurs arguments en préparation du combat judiciaire ?

Est-ce alors un référendum pour se faire plaisir ou une façon de « reculer pour mieux sauter » ?

 

 

Boris Calame

Député au Grand Conseil de la République et canton de Genève 

10/05/2014

Initiative de l'AVIVO, mais où va-t'on ..

Hormis ses erreurs grossières d'écriture (la carte journalière valable une heure) et la perte des avantages tarifaires pour les jeunes de 18 à 25 ans (tarifs adultes dès 18 ans), L'initiative 146 de l'AVIVO, dite «Stop aux hausses des tarifs des Transports publics genevois!», nous promets la perte des avantages liés à l'unification tarifaire des différents transports publics de Genève.

Nous sommes actuellement dans la construction de notre réseau ferroviaire avec le CEVA, le redéveloppement de nos infrastructures de tram et le développement général des transports publics, qui doivent permettre de décharger quelque peu nos routes, soit aussi limiter autant que possible, les nuisances liées au trafic, que se soit en matière de bruit, mais aussi en polution de l'air que nous respirons, toutes et tous, quotidiennement.

Vouloir la rupture, telle que proposée par cette inititive, va entrainer une exclusion des TPG du système de tarification unique de la région genevoise (UNIRESO) et engendrerait une multiplication des tickets et autres abonnements à acquerir pour un déplacement donné, soit une augmentation drastique des coûts pour les usagers de transports publics régis par des opérateurs différents (TPG, CFF, ...).

A terme, prendre prendre par exemple le train à la Gare des Eaux-Vives jusqu'au Bachet, puis le tram pour accèder à la Zone indutrielle de Plan-les-Ouates, nécéssiterait l'acquisition de deux billets ou abonnements, l'un des TPG et l'autre des CFF. Est-ce vraiment cette complexification du système et, au final, une augmentation globale des coûts que l'on souhaite pour les usagers ?

C'est ici aussi une attaque frontale contre le CEVA. Cette initiative met en effet en péril l'attrait genéral de cette nouvelle infrastructure et nuit à terme au financement de son exploitation. En effet, pour ne pas payer deux titres de transports, force est de parier que bon nombre d'usagers se limiterons à un seul mode de déplacement ou plus justement un seul oppérateur, en délaissant l'offre incroyable qui devrait être mise à disposition d'ici fin 2019 et en saturant l'autre encore plus.

En votant non à l'initiative 146 de l'AVIVO, le 18 mai 2014, on assume l'avenir de notre mobilité et assure la réalisation d'un réseau cohérent au bénéfice des usagers des transports publics. C'est aussi une décharge proportionnelle des nos routes au bénéfices de toutes et tous.

Ne nous trompons pas de combat, votons alors non à cette initiative qui vise à détruire le développement de nos transports publics...



Boris Calame
Député au Grand Conseil de la République et canton de Genève

01/08/2013

Obligation de servir … non mais … oh là !

armée, obligation de servir, service militaire, panosse, initiative populaire, votation 22 septembre 2013


« Le système de milice est un principe fondateur de la Suisse, que ce soit en politique, dans les associations ou au sein de l’armée ». (extrait du communiqué de presse, du 30 juillet 2013 de « l’Association pour une Suisse en sécurité »)

 

A la lecture de ce communiqué, mon sang n’a fait qu’un tour …

On ne peut en effet comparer le système dit « de milice » de l’armée, qui est un engagement contraint, au système d’engagement politique (ou autre) non professionnalisé, qui est bien de nature volontaire, et encore moins à celui de bénévole d’une association quelle qu’elle soit.

Affirmer que « le système de milice est un principe fondateur de la Suisse » en y ajoutant les milieux politiques et associatifs, … c’est avoir une vision fort étriquée de ce qu’est la réalité de l’engagement volontaire individuel. C’est aussi tordre l’esprit et la réalité de l’engagement de nombreuses personnes, dans des structures, avec des buts spécifiques et fédérateurs, auxquels ils/elles croient et/ou sont attachés …

Quelque soit l’opinion relative à l’obligation de servir (dans l’armée), il est de bon ton de rappeler que quand l’on parle de « miliciens » ou plus justement d’armée de milice, il s’agît tout simplement de non professionnels, mais pas pour autant volontaires.

Pourquoi s’interdire ainsi une vraie réflexion sur une armée de milice composée de volontaires, mais aussi sur toute autre façon de servir équitablement son pays.

Le mythe d’une armée au service de la cohésion nationale ne tient plus la route. Il est en effet tout à fait loisible, pour tout à chacun, de se « défiler » de « ses obligations militaires ». On notera au passage et avec raison, comme on est accoutumé à le dire et à l’écrire, qu’il s’agît bien « d’obligations » et non pas d’activités de « loisirs ».

Certain/e/s diront que l’armée est une école de la vie … Certes, c’est une expérience, à un âge donné (école de recrue), bien particulière qui oblige aussi à murir … mais est-ce vraiment mieux que de partir à l’étranger et de devoir se débrouiller ou de s’engager pour la collectivité sous une autre forme, sans devoir avancer l’arme à la main ?

D’autres diront encore que l’armée est indispensable en cas de catastrophe … certes elle est utile, mais tellement mal préparée, si ce n’est les corps spécialisés en la matière … ceux-là même qui pourraient très bien être de nature « civile » ou pour le moins organisés d’une autre façon que le système militaire connu actuellement en Suisse.

Avez-vous déjà vu, par exemple, des pilotes de FA18, des conducteurs de Chars Léopard ou encore des grenadiers de Haute montagne intervenir dans le cadre d’une catastrophe naturelle ? Bien évidemment que non, ils sont « trop » spécialisés, pas équipés et pas compétents en la matière. Alors prétendre que l’armée se charge de « toutes » les tâches au service de la population est tordre la réalité.

Certes l’armée de part sa taille, le nombre et les qualités de ses membres a la capacité d’effectuer de multiples tâches, de manière individuelle et spécialisée, mais ne pourra jamais suppléer les corps professionnels, que ce soit les membres de la police, des les pompiers et autres structures sanitaires, mais aussi des entreprises de Génie civile, d’électricité, de foresterie (…) pour tout ce qui à trait à l’urgence en cas de catastrophe.

Dans le discours « patriotique » qui cherche à démontrer que l’armée est le ciment de la Suisse, je souris en me rappelant le peu de respect de l’ensemble des conscrits envers notre étendard national, qu’ils nommaient, lors de sa levée … « la prise de la panosse ». C’est bien le seul endroit où j’ai eu l’occasion d’entendre cette définition de la panosse*

Mais le débat ne fait commencer, qu’on se le dise …

 

Boris Calame designer et écologue, indépendant, bénévole associatif,

ancien Constituant associatif et candidat des Verts genevois à l’élection au Grand Conseil 2013

 

* La « panosse » est en Suisse ce que certain/e/s nomment, ici ou ailleurs, la « serpillière », soit un torchon, pas toujours très propre, qui sert à nettoyer les sols …