06/09/2014

Traversée de la rade: un vote pour rien ...

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On vote ... si, si, on vote le 28 septembre pour la plus grand « arnaque » démocratique et politique de l’automne.

Bien que l'on dise que le peuple a toujours raison, quelque soit le résultat du vote, cette traversée demandée au travers de l'initiative 152 « Pour une traversée de la rade » ne verra jamais le jour …

Il y a touts simplement un véritable manque de conjonction politiques, économiques et techniques pour que ce projet puisse se réaliser, mais aussi de bien trop nombreuses oppositions, notamment en matière de respect du cadre légal contraignant. Rappelez-vous:

1)    Environ les deux tiers du parlement s'est opposé au projet défendu par cette initiative populaire [précisément formulée], et c'est ce même parlement, en tant que seul financeur (les communes et la confédération ne participeront en aucun cas), qui devra débloquer des moyens gigantesques pour mener les études [initiales] y relatives, ce qui représente tout de même, comme pour tout projet de construction, une somme de l'ordre de 10% du montant envisagé, soit ici un premier crédit d'étude de 100 à 150 millions de francs.

2)    Si le parlement genevois votait le crédit d'étude, ce pour lequel j’ai les plus grands doutes, il y aurait très certainement un référendum qui mettrait la population devant un sacré dilemme, soit choisir de renoncer à de nombreux autres investissements indispensables au quotidien de la population, pour compenser les coûts d’études nécessaires à ce projet. Pas sûr du choix du peuple en la matière.

3)    Dans le cadre des études pour la construction d'un ouvrage, il est indispensable et obligatoire de réaliser une Etude d'impact sur l'environnement (EIE). Celle-ci démontrera alors les impacts prévisibles sur la nappe phréatique, sur les rives et le fond lacustre, ainsi que les risques encourus pour la population en matière d'alimentation en eau potable. Le projet ne pourrait alors être envisagé et encore moins voir le jour sans contrevenir aux lois fédérales, qui sont de niveau supérieur et donc contraignantes. La précision de l'initiative constitutionnelle ne permettant pas d'interprétation au niveau du tracé et des accrochages, contrairement à ce que certains souhaite nous faire croire, ce qui engendre qu'aucun tracé alternatif ne pourrait être envisagé.

4)    Que la majorité du parlement décide de s'assoir sur la mise en oeuvre d'une initiative ne serait sans doute pas très démocratique, mais ce ne sera pas la première fois où de passer de l’intention à la réalisation quelques blocages peuvent apparaitre, mais c'est une chose politique grandement possible, par contre que l'administration le fasse deviendrait une chose juridique qui entrainerait toute sorte de procédure en opposition, voir des recours qui ne pourraient que casser une éventuelle autorisation de construire.

5)    Les initiant et leurs soutiens ont ainsi monté un "machin" populiste afin de faire croire que tout est possible, car "un vaut mieux que deux tu l'auras". De fait on peut tout au plus imaginer dépenser plus de 100 millions pour des études préliminaires pour un objet qui ne verra jamais le jour.

6)    Deux acteurs clefs de cette affaire devraient aussi se prononcer. Que ce soit la Ville de Genève et son délibératif, pour accorder des droits de superficie aux niveaux des emprises de l'ouvrage et des ses points d'accrochage, toujours sujets à référendum et oppositions, mais aussi les chambres fédérales qui devraient déroger à la Constitution pour permettre un système de paysage pour l'usage de l'ouvrage tel qu’évoqué par les initiant et les milieux qui les soutiennent. Il ne faut pas trop rêver sur les décisions prises par ces instances.

7)    Si ces quelques écueils devaient être surmontés, il faudra encore trouver les moyens financiers pour sa réalisation, soit une somme de l'ordre de 1 à 1.5 milliards, et ce ne sera pas chose facile. Quelque soit le mode de financement, le parlement devra se prononcer. Sa majorité ne pourra vraisemblablement pas s'engager dans pareilles dépenses. Ce crédit sera à nouveau sujet au référendum, démarche plus que vraisemblable pour un pareil montant. Enfin, le projet lui même pourra contesté sous la forme d'opposition, puis de recours ...

Il faut reconnaitre que ce projet pourrait nous couter très chère, que ce soit en matière de financement, mais aussi en processus politiques et juridiques, tout en étant assuré d'avance qu'il ne se réalisera jamais ... alors voter non à l'initiative 152, c'est juste faire preuve de bon sens, c'est éviter de dilapider les deniers publics, notre argent, pour des études qui ne mèneront de toute façon à aucune réalisation ...

Qu'on se le dise ....

 

Boris Calame

Député au Grand Conseil, anc. Constituant de la République et canton de Genève