01/08/2013

Obligation de servir … non mais … oh là !

armée, obligation de servir, service militaire, panosse, initiative populaire, votation 22 septembre 2013


« Le système de milice est un principe fondateur de la Suisse, que ce soit en politique, dans les associations ou au sein de l’armée ». (extrait du communiqué de presse, du 30 juillet 2013 de « l’Association pour une Suisse en sécurité »)

 

A la lecture de ce communiqué, mon sang n’a fait qu’un tour …

On ne peut en effet comparer le système dit « de milice » de l’armée, qui est un engagement contraint, au système d’engagement politique (ou autre) non professionnalisé, qui est bien de nature volontaire, et encore moins à celui de bénévole d’une association quelle qu’elle soit.

Affirmer que « le système de milice est un principe fondateur de la Suisse » en y ajoutant les milieux politiques et associatifs, … c’est avoir une vision fort étriquée de ce qu’est la réalité de l’engagement volontaire individuel. C’est aussi tordre l’esprit et la réalité de l’engagement de nombreuses personnes, dans des structures, avec des buts spécifiques et fédérateurs, auxquels ils/elles croient et/ou sont attachés …

Quelque soit l’opinion relative à l’obligation de servir (dans l’armée), il est de bon ton de rappeler que quand l’on parle de « miliciens » ou plus justement d’armée de milice, il s’agît tout simplement de non professionnels, mais pas pour autant volontaires.

Pourquoi s’interdire ainsi une vraie réflexion sur une armée de milice composée de volontaires, mais aussi sur toute autre façon de servir équitablement son pays.

Le mythe d’une armée au service de la cohésion nationale ne tient plus la route. Il est en effet tout à fait loisible, pour tout à chacun, de se « défiler » de « ses obligations militaires ». On notera au passage et avec raison, comme on est accoutumé à le dire et à l’écrire, qu’il s’agît bien « d’obligations » et non pas d’activités de « loisirs ».

Certain/e/s diront que l’armée est une école de la vie … Certes, c’est une expérience, à un âge donné (école de recrue), bien particulière qui oblige aussi à murir … mais est-ce vraiment mieux que de partir à l’étranger et de devoir se débrouiller ou de s’engager pour la collectivité sous une autre forme, sans devoir avancer l’arme à la main ?

D’autres diront encore que l’armée est indispensable en cas de catastrophe … certes elle est utile, mais tellement mal préparée, si ce n’est les corps spécialisés en la matière … ceux-là même qui pourraient très bien être de nature « civile » ou pour le moins organisés d’une autre façon que le système militaire connu actuellement en Suisse.

Avez-vous déjà vu, par exemple, des pilotes de FA18, des conducteurs de Chars Léopard ou encore des grenadiers de Haute montagne intervenir dans le cadre d’une catastrophe naturelle ? Bien évidemment que non, ils sont « trop » spécialisés, pas équipés et pas compétents en la matière. Alors prétendre que l’armée se charge de « toutes » les tâches au service de la population est tordre la réalité.

Certes l’armée de part sa taille, le nombre et les qualités de ses membres a la capacité d’effectuer de multiples tâches, de manière individuelle et spécialisée, mais ne pourra jamais suppléer les corps professionnels, que ce soit les membres de la police, des les pompiers et autres structures sanitaires, mais aussi des entreprises de Génie civile, d’électricité, de foresterie (…) pour tout ce qui à trait à l’urgence en cas de catastrophe.

Dans le discours « patriotique » qui cherche à démontrer que l’armée est le ciment de la Suisse, je souris en me rappelant le peu de respect de l’ensemble des conscrits envers notre étendard national, qu’ils nommaient, lors de sa levée … « la prise de la panosse ». C’est bien le seul endroit où j’ai eu l’occasion d’entendre cette définition de la panosse*

Mais le débat ne fait commencer, qu’on se le dise …

 

Boris Calame designer et écologue, indépendant, bénévole associatif,

ancien Constituant associatif et candidat des Verts genevois à l’élection au Grand Conseil 2013

 

* La « panosse » est en Suisse ce que certain/e/s nomment, ici ou ailleurs, la « serpillière », soit un torchon, pas toujours très propre, qui sert à nettoyer les sols …

Commentaires

Merci pour cette intervention toute en nuances. Je partage entièrement vos propos. Le minimum c'est bien d'engager la discussion sans éviter les sujets qui fâchent et les chiffres souvent très parlants.
Mon neveu vient à l'instant de me raconter sa dernière nuit d'officier et la mémorable biture qu'il a dû surmonter pour pouvoir donner ses ordres le lendemain sans fléchir...

Écrit par : Pierre Jenni | 01/08/2013

Ironiquement ou volontairement, dans votre énumération des rôles et utilités de l'armée, vous avez juste oublié sa principale raison d'être.

Écrit par : Eastwood | 01/08/2013

Vous parlez de catastrophe naturelle et, si j'ai bonne mémoire, lors de l'inondation de Brigue par la rivière Saltine, l'armée est intervenue au grand soulagement de la population et a fait un boulot remarquable. A cette occasion, aucun des opposants à l'armée s'est rendu sur place pour donner un coup de main. Donc les Khmers Verts et leurs complices de gauche ne soutiennent pas la population en détresse et nous ont prouvés, à cette occasion que le service civil est une foutaise.

Écrit par : Lara Klette | 01/08/2013

Chère Lara Klette,

Intéressant que vous parliez des inondations de Brig, en 1993 sauf erreur de ma part. J'étais en effet à ce moment en service des les troupes du Génie et nous sommes intervenus tant à Brig que, quelques années plus tard, dans la Val Bedretto au Tessin.

Force est de constater que nous n'étions ni équipé, ni compétent pour entreprendre des travaux de cette envergure ... certes, nos "petits" bras ont été utiles pour déblayer quelques mètres cubes de terre et autres limons, mais d'abord pour refaire des sentiers d'alpage ... et quelque part regarder faire les civils et autres professionnels de l'intervention.

Pourtant, durant l'entier de mes jours de service obligatoire (env. 300), c'est bien les deux seules fois où nous étions motivés pour soutenir les populations locales ... force est de constater que nous n'étions absolument pas à la hauteur, ce que je regrette infiniment.

Nous pouvons soutenir des tâches effectuées par l'armée, mais elle n'ont pas obligatoirement besoin d'être réalisée par l'armée (ou sous la forme qu'elle est actuellement), ce d'autant plus quand elle n'est pas à la hauteur des réalités de terrain ...

Bien à vous

Boris Calame

Écrit par : Boris Calame | 01/08/2013

Le prestige de la Suisse dans le Monde passe aussi par les gardes suisses du Vatican, qui eux, sont des volontaires d'une part et des soldats avec expérience.

La Suisse avait envoyé sur la frontière entre la Corée du Nord et celle du Sud des soldats et des officiers pour permettre de surveiller cette frontière.

L'exemple de la KFOR (Kosovo) est exemplaire de ce que peuvent entreprendre les soldats suisses sur le terrain.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 01/08/2013

- Le service sans arme existe.

- L'armée n'est pas obligatoire, puisque le service civil et que n'importe qui peut le faire.

- La gauche devrait sérieusement consulter un médecin, cette schizophrénie qui consiste à dire que l'aspect coercitif du service militaire est intolérable et par derrière, demande une hausse des impôts pour les plus riches, devient ridicule.

Néanmoins, si la forme est à côté de la plaque, je suis d'accord avec vous : il faut à la Suisse une armée professionnelle. Mais révisez vos arguments, le recrutement n'a rien à voir avec ce que vous décrivez, c'est un jeune de 21 ans qui va faire la protection civile qui vous le dit...

Écrit par : Leo Valdez | 01/08/2013

Cher Leo Valdez,

Détrompez vous, l'obligation de servir n'est pas un mythe, mais bien une réalité.

Certes, il existe des alternatives comme se faire porter pâle et se faire réformer, avec obligations de payer une taxe militaire considérable, ou encore s'inscrire (pour justes motifs) au service civile ... ce dernier étant d'une fois et demi la durée du service militaire obligatoire, soit environ 450 jours.

On peut être d'accord ou pas, mais la réalité est bien que le pré-requis est une obligation de servir pour les hommes dans le cadre de l'armée.

Rien de plus ...

Bien à vous

Boris Calame

Écrit par : Boris Calame | 01/08/2013

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